jeudi 4 juin 2009

Casque d'Or - Jacques Becker (1951)

Georges Manda le charpentier (Reggiani) tombe amoureux de Marie la prostituée (Signoret) maquée à Roland le Beau. Provoqué par le maquereau, Georges le tue lors d'un duel orchestré par Félix Leca, le négociant en vin chef de bande, lui-même amoureux de Marie. Le deuxième duel se déroulera indirectement : Leca dénonce Raymond (Raymond Bussières — gueule avec une voix grave), l'ami de Georges, à un inspecteur de ses amis pour le meurtre de Roland. Face à l'injustice de l'arrestation de Raymond, Georges va se dénoncer au poste de police, et apprend par son ami que Leca les a trahis. Les deux amis sont alors amenés à la Santé mais ils parviennent à s'échapper du convoi grâce à la présence de Marie devant les portes de la prison. Dans leur fuite, Raymond est mortellement blessé tandis que Georges parvient à retrouver Leca, qu'il tue de plusieurs balles dans l'arrière-cour du commissariat. Il est guillotiné sous les yeux de Marie qui revoit alors en rêve la valse qu'elle dansa avec Georges au bal de Joinville.

Décors naturels (berges de la Marne, prairies, maison de Madame Eugène : un petit coin de campagne près de Paris)

Dialogues :
- Raymond dans le bal : "Et alors ? et la musique ? — [musique (un air connu, trompette-grosse caisse — expression joviale du patron qui ouvre les bras]
- le patron du bal : "On ne choisit pas toujours ses clients" — Raymond arrivant de derrière : "N'est-ce pas ?"
- la bande à Marie : "allez Marie ! danse ! — … — Aaaaaaahh !"
- de la "salope" (Roland à Leca parlant de Marie, notamment) ; du "connard" ; du "pauvre con" (Leca à Raymond qui lui demande d'épargner Georges) ; du "ta gueule" encore (des policiers à des membres de la bande)
- Marie à Leca : "ils se sont conduits élégamment, de vrais gentlemen ("an")" — Les voyous : "Ta gueule"
- Leca à Fredo qu'il corrige par des claques parce que Fredo l'a volé, celui-ci levant le bras pour se protéger : "Tu permets !"

Honneur et droiture de Georges, réglo avec son patron et avec Marie. L'assassinat de Leca est une triple vengeance : 
- sa propre vengeance suite à la dénonciation de Leca  — en ce que Leca a dénoncé Raymond pour faire tomber Georges et récupérer Marie, 
- vengeance de la mort de Raymond (qui n'aurait pas été tué si Leca ne l'avait pas mêlé à l'affaire, et manipulé (Leca a insisté pour que Raymond conserve montre et couteau de Roland, autant de pièces à conviction pour l'instruction suite à la trahison)) 
- vengeance pour l'honneur forcé de Marie (Georges comprend que Leca a couché avec elle lorsqu'il trouve ses mules au pied du lit de Leca)

Exotisme voyeur des bourgeois en goguette au bal où se réunissent les Apaches, lâcheté lorsque Roland force la bourgeoise à danser, frayeur lorsque le meurtre de Roland est révélé

Police et truands tiennent à peu près le même langage. 

Symétrie des duels Georges-Roland et Georges-Leca : dans une arrière-cour (du bal ; du commissariat)

Jeu :
- valse à l'Apache de Roland (yeux baissés vers le sol, dos raide, bras perpendiculaire) et Marie (bras autour du cou ou sur l'épaule, yeux sur Georges pendant toute la ronde) / de Marie et Georges (Georges commence les yeux baissés, mi-gênés, mi-provoqués, et finit souriant) / Roland-la bourgeoise (bras très haut, corps serrés : minimum de distance)
- regards de Raymond : quand il dit à Georges, avec les yeux, qu'il ferait mieux d'accepter l'invitation de Roland ; quand Roland est à terre, regarde la bande en souriant et montrant Roland du doigt, tout e souriant)
- scènes de bande : le "Aaaaaahhhh !" lorsque Marie accepte de danser ; le silence quand Georges est provoqué par Roland

Scène à caricaturer : Gorges allongé sur la berge, Marie qui le surprend et tente de le réveiller en le chatouillant à l'aide d'une brindille qu'elle passe sur ses oreilles (durée du jeu -> à croire qu'il dort comme une souche et qu'elle pourrait lui mettre le doigt dans le nez qu'il ne bougerait pas — poésie un peu cucul du visage de Marie dans le soleil quand il ouvre les yeux)

mercredi 3 juin 2009

Les Contes d'Hoffmann — Michael Powell, Emeric Pressburger (1951)


Décors, expressionnisme du jeu du malin et de Schlemil (gris au visage, yeux exorbités, poses outrées), kitsch, lumières, effets spéciaux (transformations (bijoux cire) ; disparitions (pluie de poudre colorée) ; transitions (fondus ex. entre la tête de Olympia d'où sortent des ressorts évoquant les ondes d'un cours d'eau, lagune de Venise), split screen vers la fin (4 femmes (Stella + Olympia-Giulietta-Antonia commencent à danser puis sont rejointes par Hoffmann) 

Musique : "Douce nuit, nuit d'ivresse..." chantée d'abord par la courtisane (ress. Amandine) puis thème repris dans une chorégraphie finale avant le tomber de rideau et le retour dans la brasserie où Hoffman ivre s'est endormi; laissant passer Stella, la danseuse, qui part avec l'ennemi juré du poète sous un énième avatar (Lindorf-Coppelius-Dappertutto-Dr Miracle)

Chorégraphie initiale des amours de la libellule (Dragonfly) : final dans les airs vers le disque lumineux de la lune suivant un chemin en trois pentes / mouvements des bras rappelant des battements d'ailes -> scène du Songe d'une nuit d'été (William Dieterle, Max Reinhardt, 1935, av. James Cagney-Bottom, the Weaver) où une protagoniste tourne le dos au spectateur et disparaît progressivement dans le noir (sous une poursuite ?) : gestuelle très proche

Visages, yeux d'Olympia : mouvement de tête furtif, inclinaison de la nuque comme une minauderie à l'arrêt dans un gros-plan en transition entre deux déplacements
Yeux et bouche de Giulietta dans les bras Dappertutto au début de la partie vénitienne

L'homme esclave de sa passion ? de ses amours irraisonnés ? des femmes qui se jouent de lui ?
Ou victime seconde, quand la remière est la femme, manipulée qu'elle est toujours par un homme caché (son créateur ; son souteneur-manipulateur ; son maître-exploiteur ; le père ou l'homme accompli par opposition à Hoffmann, le poète fragile parce que soumis à ses émotions)

vendredi 22 mai 2009

Pas de pardon - Döblin 1935

Histoire de Karl en trois actes : La pauvreté, La prospérité, La crise ; bref, le paradigme du capitalisme : à la croissance succède la crise.
(edit) finalement (comme pour Franz) : lutte de Karl contre "son" destin : concours entre le destin d'industriel affairiste que sa mère, sa femme, les membres des coteries lui assignent (destin externe), et l'aspiration à la liberté, à la cause du peuple qui fut sa première sensibilité, ses premières émotions (Paul) (destin interne — la liberté, la sincérité se paie au prix de la mort)

Le père de Karl, entrepreneur raté qui a dilapidé la dot de sa femme dans des projets inconsidérés (genre un grand hôtel en pleine campagne), meurt prématurément laissant sa femme avec Karl, son frère Erich et sa sœur Marie.

La mère est accueillie et hébergée en ville par son frère, fabricant de meubles âpre au gain, bercée d'illusions déçues et prise à la gorge par les créanciers, elle tente de suicider, acte fondateur de la nouvelle vie de la petite famille : Karl va devoir prendre la place du père, le frère va être fragilisé et servira de tampon, la sœur disparaîtra vite, mais surtout, la mère décidera que le fils ne lui fera jamais ce que le père lui a fait : elle va s'assurer de sa soumission à son souhait d'une vie rangée et profitable, brisant en Karl ses velléités (vagues) de révolutionnaire puis d'artisan avec des projets (la mère est devenue allergique à tout projet qui pourrait à nouveau faire basculer la famille dans le besoin).

Jeunesse de Karl : traîne dans la ville (seul d'abord puis avec sa mère) ; rencontre Paul, le jeune blond déjà homme, anarchiste engagé (évasion des terroristes, discours anti-capitalistes : la première occurrence de "Pas de pardon" est dans un passage d'un monologue dans lequel il explique à Karl que les patrons ont leur loi, les pauvres, la leur, que le combat doit être sans pitié) ; à gagner sa vie en aidant une marchande de fruits...

Relation Karl-Paul : attirance homosexuelle très claire (cf, Musil, Les Désarrois de l'élève Törless : une image de la jeunesse virile austro-allemande ? travestissement de Paul, séduction, mais aussi force et violence)

La femme de Karl, Julie, qu'il a un peu traitée comme un meuble bien rangé, proprement mais sans passion, se décide à tenter l'aventure adultère avec un Mexicain, José -> dans Berlin A., Mimi trompe Franz avec un jeune soudeur d'abord (la drague, les mots, la beauté) puis avec Pums, la force virile et incontrôlée (contre la faiblesse difforme mais aimante de Franz — ne pas négliger les hésitations de Mimi qui veut (nous faire) croire que c'est aussi pour aider Franz qu'elle cherche à faire parler Pums) / dans La Maison et le Monde de Tagore : Nikhil traite Bimala avec un amour très respectueux mais un peu chosifiant, même cause, même effet

Passages sur l'acte sexuel, les ablutions préalables (cf extraits ci-dessous)

Passages sur la crise : très finement analysée dans son implacable déroulement, son insidieux cheminement dans la familiarité
- "Jusqu'ici, on avait fait preuve de calme et de patience, mais sous prétexte qu'on ne remboursait pas, l'étranger refusait de nouveaux prêts, c'était un comble ! C'était une vengeance ourdie par ceux à qui on avait affirmé que les choses ne pouvaient continuer ainsi. On apprit qu'à l'étranger, ils reprochaient aux pays débiteurs d'avoir investi l'argent prêté dans des banques, de puissantes fabriques, des hôpitaux et des quartiers neufs. Oui,  et pourquoi sinon le leur aurait-on emprunté ? N'avaient-ils pas plutôt, tout bonnement, imposé aux autres leur argent de Mammon pour toucher des intérêts substantiels, exploiter la sueur et le travail des autres ? Subtile méthode ! Et ensuite, ils vous reprochaient d'avoir travaillé ! On avait affaire à un adversaire peu délicat (cf. Shylock*). Toujours est-il qu'il ne prêtait plus." (p190 -> Stiglitz, Un autre monde, p297s, surendettement vs surfinancement)) [*Le personnage du Marchand de Venise de Shakespeare qui exige "une livre de chair" à Antonio]

Dommage : le style a comme disparu — subsistent les techniques de tutoiement, de prédictions de la fatalité, des parenthèses, des remarques de la part du narrateur, mais plus de langage vif, plus de syntaxe brutale, plus de collages, du linéaire tiède assez rebutant au départ

Plus de mythologie biblique (correction : moins de Bible mais toujours des réf à Eve, à Caïn, à Babylone), à la place : le Panthéon (la demeure des rois — en bas, la populace, les soumis) ; le tableau d'un roi sur son cheval, son ennemi se rendant à ses pieds ; l'armure dans son "musée" personnel (le chevalier de fer-blanc)

Toujours la ville organique, corps difforme à la croissance trop rapide, engraissée dangereusement ; géographie des classes (Karl veut rester dans le quartier de banlieue où ila  emménagé à son arrivée avec sa mère, et malgré le succès, contre la volonté de Julie, y restera toujours : position géographique déplacée par rapport à la classe / positionnement politique, psychologique pas coordonné, manque d'harmonie traduit le tiraillement intérieur) ; ville arbre

Lieu : une grande ville, avec ses quartiers riches, ses quartiers commerçants, ses quartiers pauvres/industriels, ses banlieues, un nord, un sud, sa forêt, pas souvenir d'avoir lu "Berlin"

Temporalité : avant et pendant une crise, avant une guerre (annonce prémonitoire à la fin : les champs ne produiront plus de blé mais porteront des croix : forcément avant la guerre de 14-18)

Les discours-programmes :
- Paul : le communisme révolutionnaire, l'activisme

"Eh bien Karl, il faut que tu comprennes pourquoi ils construisent des asiles de nuit. Ils veulent déblayer les rues de leurs ordures et les ordures reconnaissent gentiment : c'est vrai que nous ne sommes pas belle et elles s'écoulent dans les caniveaux prévus." (Paul jeune à Karl p65)
"Regarde, ils trônent sur la montagne pendant que nous sommes dans le marécage. Après quoi, il suffira de déblayer, nous serons fichus. Car, tu as vu, ils ne nous font rien, ils nous laissent vivre. (...) Mais de temps en temps, ils descendent avec des torches et quand notre monde les rebute ou les irrite trop ils mettent le feu. Il leur faut s'y résoudre quand les asiles de nuit ne suffisent plus et que les immondices ne s'arrêtent plus aux bords des trottoirs mais envahissent les rues." (Paul et Karl regarde les palais, les demeures seigneuriales et les hauts monuments p66)

- les partis / les syndicats : pour le dialogue, la réforme : dépassés par les activistes (soupçon de la manipulation de ces groupes par le gouvernement, pour discréditer la cause / les partis, eux, se tiennent pour ne pas faire le jeu du gouvernement)

Karl, alors tout juste embauché comme employé dans l'usine de meubles de l'oncle, se rend dans la maison du syndicat, reprise en discours indirect du président du syndicat : "Pour l'ouvrier, pour les opprimés de cette terre un seul mot : organisation."

- les industriels : 
- les aristocrates : la famille régnante en retrait
- le gouvernement : frappe dur ; 
- les militaires

// Franz Biberkopf : 
- le personnage cherche à suivre un chemin qu'il a décidé de s'imposer contre ce qu'il ressent comme ce qui lui est destiné : la criminalité pour Franz, la réussite par l'argent pour Karl
- à sa sortie de prison, Franz veut prendre une position honnête mais il est piégé par Pums, puis envoûté par la force de ce truand manipulateur auquel il ne sait comment s'opposer, résister, diminué par son handicap, Franz retombe dans l'ornière de son destin ; manque de mourir physiquement, puis renaît sous une autre forme : un Franz assagi, redressé et humble, soumis à la loi sociale, qui accepte une petite position de gardien // Karl veut d'abord s'émanciper du joug de sa mère sous l'effet de la séduction de Paul, le révolutionnaire trouble (mystère de ses activités et de sa sexualité — beauté et travestissement) ; sa mère le force à quitter très vite ce chemin de biais, par un chantage affectif (la menace d'une nouvelle tentative de suicide ; la fragilité, la fatigue (Doblin décrit le rapport de la mère au sommeil, simplicité du refuge dans la difficulté) ; l'amour maternel et les devoirs du grand frère "soutien de famille") ; elle le place chez l'oncle et l'oblige moralement envers lui ; Karl y trouve son compte tant qu'il est ouvrier, proche des travailleurs, accepte avec réticence la promotion offerte/imposée par l'oncle puis joue le jeu de la progression fulgurante et de la réussite sociale, avec les à-côtés que sont le beau mariage, la représentation, le pouvoir, les compromis, jusqu'à la compromission et l'illicite ; dans la crise et face au vrai visage de l'aristocratie, des militaires, des puissants, Karl se retrouve à devoir affronter ses anciens démons ; le retour de Paul coïncide avec ses nouvelles interrogations sur sa place, son engagement, son choix dans la lutte des classes : il décide finalement de laisser parler sa première sensibilité, de faire revivre ses premières convictions, d'exprimer à nouveau sa fidélité à Paul (qui explique à un Karl perdu, éperdu d'amour et d'un besoin de rédemption, incapable de bien saisir ce qui s'est passé et ce qui se passe, suppliant, qu'il a trahi la cause et que malgré les gestes de courage et de dévouement effectués dans sa jeunesse, toute la vie de Karl a été un renoncement à ces idéaux, une violation de son premier pacte, et que Karl est donc, aux yeux de Paul, le seul responsable de cet éloignement entre eux deux, là où Karl essaie de faire comprendre combien il a été victime de sa vie, de sa femme, de sa mère, de sa famille) : dans un élan irraisonné d'abandon des puissants vers les partisans des quartiers nord, Karl se jette vers sa fin mais aussi vers son retour à lui-même, à sa vérité -> cette fois, mort physique mais survie mythologique : le camp des riches en fait un héros de leur cause par des articles élogieux
(Ici cf Borges, Thème du traître et du héros, in Fictions : les militants irlandais veulent tuer un traître mais par crainte de discréditer leur lutte, mettent en scène et en histoire, le récit de cette mort, recours aux éloges posthumes)

// Tagore, La Maison et le Monde, 1915 :
- une épouse respectée, choyée, certainement aimée, mais sans passion, ou sans la passion que la femme attend, dont elle a besoin, une passion des sens et du corps
- recours au tiers : le révolutionnaire passionné et fougueux dans La Maison..., à l'étranger séducteur non impliqué mais humain et aimant dans Pas de pardon (José, attaché d'ambassade mexicain)
- rapport à l'étranger, au monde extérieur (au pays, pas seulement au foyer) : dans La Maison : rejet de la présence étrangère, des produits fabriqués à l'étranger (laine, parfums, costumes, savons) au profit des productions locales (le Swadeshi et son irréalisme économique : Nibil démontre l'impossibilité, dans l'immédiat, de vendre des produits fabriqués au Bengale à une population nationale essentiellement pauvre, du fait du coût de production dans un pays peu développé au regard des coûts de revient et des prix de vente conséquemment moindres des biens importés de pays industriels) / dans Pas de pardon : tentation de la délocalisation des moyens de production, démontage des usines et implantation des machines à l'étranger où les coûts de production sont moindres (et action sous l'impulsion du major, et sous la pression du groupe : tous le font ou voudraient le faire mais nul ne l'avoue par peur de la publicité, des accusations d'anti-patriotisme...)

Toujours technique du dénouement fatal, avec des annonces prémonitoires

Humour, not. dans les scènes conjugales :
- le rapport de Karl au sexe et à l'hygiène
- à propos de la mère de Karl qui reprend vie dans la société du pasteur : "Quand les morts se réveillent, il en résulte des tragédies mais parfois aussi des comédies burlesques." (p140)
- "Elle se sentait bien auprès d'Erich. (...) Elle comptait beaucoup sur le charme évident qu'exerçait auprès des hommes sa bêtise au-dessous de la moyenne." (p179)
- "Il se tordait les mains : que voulait-elle donc en désirant un enfant, un enfant à tout prix ? Pourquoi pas un chien ou un chat angora ? Il y avait déjà tant d'enfants sur cette terre, pourquoi voulait-elle encore en augmenter le nombre ? (...) Il lui demanda prudemment s'il était nécessaire que l'enfant soit de lui." ; "Il y eut tempête sur tempête. Il n'osait même pas faire allusion à la nécessité de divorcer sous peu. Il se trouvait prisonnier d'une situation qu'il jugeait contre nature. Alors qu'elle trouvait que la situation était redevenue normale." (scène entre Julie et Karl p181)

Edit 9 juin



lundi 18 mai 2009

Les Souffrances du jeune Werther - Max Ophüls 1938

D'après Goethe

L'amour impossible du jeune juge référendaire Werther pour la jeune Charlotte, promise à son supérieur.

- La tante qui crie "Charlotte" à tout bout de champ pendant la fête du village

- La vision de Werther par la longue-vue quand le petit frère reconnaît l'homme qui lui a donné son chapeau dans la diligence : effet visuel d'un disque d'image sur fond extérieur noir

- La diligence : ressemble beaucoup à celle dans laquelle Lola se déplace — mais en NB alors que celle de Lola est rouge/rose

- Des escaliers : surtout la scène finale où albert, le mari, demande à charlotte de chercher les pistolets de w, puis monte les chercher lui-même, scène des prières de Charlotte suspendue comme accrochée à la rambarde (scène des escaliers dans Liebelei : Christine quitte l'appartement de Fritz où son père et ses amis l'ont rejointe ; elle descend comme étourdie, s'arrête à hauteur de la fenêtre et saute ; vues en contre-plongée + escalier central dans la maison du baron, scènes d'espace, de cache--cache quand Fritz cherche à partir sans être vu du baron ; lieu de jeu; passage du frère du baron... / scènes des marches dans La Ronde : les marches vers le quai, voûte sous laquelle Léocadie embrasse Franz) / dans Sans lendemain : escalier dans l'immeuble de Evelyne, marches de la rue au cabaret, du cabaret à la cour...

- des portes-fenêtres : séparation-transition du cabinet du juge référendaire au bureau des assesseurs ; dans La Ronde : Marie (Simone simon)-Alfred (Gélin) jeu du va-et-vient pour obtenir le corsage de Marie ; dans Liebelei : après le vestibule, entre la porte d'entrée et l'appartement de Fritz ;

- scènes de grand air : paysages bucoliques et tragiques (suicide de Werther sous l'arbre aux promesses)

- amour familial : Charlotte et son petit frère qu'elle sert malgré son retard (beauté de l'amour féminin pour son prochain : frère dans Werther, fils dans Sans lendemain) ; tendresse, câlins et baisers

- théâtralité : le frère interprète les poèmes de Werther dans la chambre des enfants ; les prostituées ridiculisent le même texte lorsque Werther est au cabaret pour oublier Charlotte

- Sur la morale : l'honneur, les conventions, le règlement (les retards de Werther et sa fleur ; les lectures révolutionnaires cachées (Le Contrat social de Rousseau)) / l'amour, la passion (débat sur les "limites" de la passion entre Werther et albert lors de l'arrestation d'un assassin coupable d'un crime passionnel), la vérité et le mensonge (le mensonge originel : Charlotte omet de dire à Werther qu'elle est déjà promise à Albert — poids de l'autorité sur la femme : elle ne peut revenir sur un engagement pris en partie pour elle, ses préférences ne peuvent prévaloir ; refus d'explication de werther face aux questions d'Albert sur ses déviances nocturnes ; franchise de Charlotte à propos de la lettre de werther, sur les conseils du prêtre qui cite la Bible pour l'inciter à dire la vérité à son mari) / figure des anciens : le président du tribunal comprend werther mais révèle maladroitement la vérité sur ses sentiments à albert auquel Werther refusait de s'expliquer (dans Liebelei : le père comprend et autorise la liberté des sentiments de christine, son expérience avec sa propre sœur l'ayant instruit sur les dangers d'étouffer la passion)

- la mélodie des carillons : remplacement de la mélodie traditionnelle inspirée par la présence suédoise au XIIIme siècle (?) par une composition d'un auteur de la ville - patriotisme/xénophobie curieux quand dans ses lectures, Werther place tous ses espoirs dans les idées de la révolution française / scènes de torture pour Charlotte dès que le carillon se met à retentir, lui rappelant sans cesse son amour pour Werther et les souffrances de celui-ci

dimanche 17 mai 2009

Sans lendemain - Max Ophüls 1939

Dernières heures de la vie d'Evelyne, danseuse-entraîneuse au cabaret La Sirène, (rôle : l'Hiver dans une revue appelée Les Quatre saisons)

Un matin, en rentrant du cabaret, elle apprend par une lettre que son fils s'est fait renvoyer de son pensionnat ; dans une soirée de retrouvailles et d'amour maternel, l'enfant lui révèle qu'il a fait exprès d'être renvoyé pour se retrouver avec sa mère
Le lendemain, Evelyne est accostée par un homme de son passé, et l'histoire d'Evelyne est révélée : Evelyne, alors appelée "Babs", a rencontré cet homme à Montréal, tous deux sont tombés amoureux, Evelyne a dû partir précipitamment, quittant l'homme sans lui faire ses adieux et sans plus jamais lui donner de nouvelles ; de retour à Paris, Evelyne s'est mariée à un truand qu'on a "suicidé", la laissant sans rien d'autre qu'un jeune enfant (scène entre Evelyne et le patron truand)
Lorsqu'elle rencontre son amour du passé, Evelyne n'assume pas ce qu'elle est devenue et fait croire à l'homme qui la ramène en voiture qu'elle vit dans un appartement cossu (avenue d'Iéna). L'homme se fait inviter chez elle pour le soir suivant
Evelyne, piégée par son mensonge, refusant de révéler la vérité à cet homme, va tout faire pour pouvoir louer cet appartement pour le lendemain : n'écoutant pas la mise en garde de son ami (le chanteur, amoureux), Evelyne va recourir à la seule solution disponible en un si court délai : vendre son âme au patron qui, en retour de la mise à disposition de l'appartement et de plusieurs effets, exige d'elle qu'elle l'assiste à voler l'homme et son ami, puis à faire d'autres coups ensemble.
Convaincue de l'absolue nécessité de ne pas révéler la vérité à l'homme qu'elle aime, Evelyne accepte le marché à contrecœur, la fatalité est en marche, le bonheur condamné...
La soirée se déroule bien mais alors que Babs et son homme s'absentent, l'enfant révèle innocemment à l'ami que lui et sa mère habitent habituellement dans un autre appartement : l'ami découvre la vérité
(… dodo)
Evelyne et son homme décident de remettre l'enfant aux soins de celui-ci qui repart au Canada
Désespérée, Evelyne retrouve son ami du cabaret dans une nuit glaciale ; celui-ci l'amène au bistro ; devant la peine d'Evelyne, il tente de joindre l'enfant sur le paquebot mais pendant qu'il téléphone, Evelyne quitte le bistro pour se jeter dans la Seine (c'est ce qu'on devine à la vue de l'ami qui appelle Evelyne le long du quai, sans que ses cris ne trouvent de réponse).

Thèmes :
- monde du spectacle (cabaret, coulisses, artistes, allégories : Hiver)
- la femme seule face à son destin (force, courage, bonté, résistance, fierté — injustice : Evelyne a commis l'erreur de se marier avec un malfrat, qui a été assassiné ; elle a dû se débrouiller pour survivre avec son enfant alors que son nom de mariage l'empêchait de prendre une position "honnête" ; elle n'accepte le marché que pour obtenir les moyens de ne pas décevoir l'homme qu'elle aime)
- idéalisme : sacrifice d'une vie aux principes de l'honneur, de l'absolu (l'amour pur sans tache ; la vie réelle comme souillure)
- la vérité et le mensonge, valeur de ces notions, risques de la dissimulation
- la fatalité, le bonheur éphémère
- le spectacle qui continue : alors que Evelyne et Henri s'en grillent une, le proprio les rappellent au travail ; lorsqu'Evelyne cherche à déchirer les photos d'elle dans le cadre accroché au mur de la rue, le proprio appelle au calme et tape dans ses mains pour relancer l'ambiance, se convaincre et convaincre les clients que la fête continue ("Quelle époque !")

Evelyne à un micheton éperdu : "Je ne suis personne, c'est même effrayant comme je suis personne"

Mélo noir, moins brillant, moins magique, fatalement sombre

Traces de Lola dans l'histoire, et la technique (rideaux, voilages, un voile se déplace comme si accroché à la caméra dans les scènes de coulisses, en suivant Henri, l'ami d'Evelyne)

vendredi 15 mai 2009

Libelei - Max Ophuls 1930 (d'après Arthur Schnitzler)

Vienne fin XIXème, début XXème
Au centre : deux lieutenants de dragons, Fritz, le beau garçon à vif, et Théo, le bon vivant viril, deux jeunes filles, Mizzi, la blonde noceuse, et Christine, la brune timide.
Autour : le père de Christine, musicien d'orchestre bienveillant pour sa fille adorée (à un collègue qui le sollicite pour se rapprocher de sa fille, et la critique pour ses sorties tardives, le père répond que dans leur jeunesse, il a "protégé" sa sœur, ainsi il l'a préservé des dangers, mais aussi privé des plaisirs) ; le baron et la baronne ; les hauts gradés et l'orchestre.
Alors que Fritz est avec la baronne, Théo attend au vestiaire pour rendre des jumelles tombées de la galerie et admonester leur propriétaire, c'st ainsi qu'il rencontre les deux filles, qu'il emmène au cabaret, où les rejoint Fritz, perturbé par sa visitependant laquelle il a manqué d'être surpris par le baron rentré prématurément, se doutant de quelqe chose. A la sortie du cabaret, Théo rentre avec Mizzi et charge Fritz de raccompagner Christine chez elle. Sur le
L'intrigue est nouée, les destins
Début du film dans un théâtre où se donne un concert, scènes de coulisses, vues à travers des trous dans les décors... scène de l'heure : la braonne à laquelle Fritz rend une visite dangereuse en s'absentant du concert, téléphone au régisseur pour connaître l'heure de fin du spectacle -> dans La Ronde, les personnages éconduits, en fin de cycle (la grisette qui attend le comte à la sortie du théâtre ; le bourgeois qui attend la grisette au restaurant), demandent l'heure à des personnages (concierge du théâtre ; maître d'hôtel) qui leur répondent qu'il est onze heures, à quoi les personnages rétorquent qu'ils ont "onze heures mois cinq", ce à quoi les personnages interrogés répondent : "moi aussi" : il ne s'agit donc pas d'erreur mais d'un mensonge compatissant pour atténuer la déception et devancer l'impatience des personnages : avancer de 5 minutes l'heure du moment, c'est écourter la souffrance, anticiper la fin, faire passer plus vite le (mauvais) tour.

jeudi 14 mai 2009

La Ronde - Max Ophüls 1950 (d'après Arthur Schnitzler)

Sublime.
Un narrateur omniscient interventionniste, Monsieur Loyal, présentateur, démiurge... qui fait tourner un manège et les vies de
- Léocadie (Simne Signoret) - une jeune femme qui aime les militaires (même pas prostituée : elle ne demande pas d'argent, seulement un uniforme : )
- un jeune soldat Franz (Reggiani) - le 6ème à passer devant elle
- une domestique Marie (Simone Simon : ma-gni-fique : yeux, poitrine, expression d'innocence et de sens en retenue offerte)
- un fils à Papa-Maman (Daniel Gélin) - oisif, maladroit mais sûr de lui ("Marie !" etc. "ce corsage, il est bleu ?")
- une femme mariée (Danielle Darieux) - qui se dévergonde avec lui, faute de mieux semble-t-il, mais elle assume.
ICI coup de la panne : le manège sur lequel le diseur tourne la manivelle s'arrête un instant — le temps de la faiblesse de Gélin, qu'il met à profit pour parler du De l'Amour de Stendhal et des soldats "de cavalerie", dont un qui a passé 3 nuits, ou 6 nuits (3 nuits plutôt selon Danielle Darrieux) sans pouvoir et à pleurer dans les bras de son amie — discussion autour du terme "camarade". Dans un mouvement, Gélin prend Darrieux dans ses bras, réparé, le manège repart...
- le mari notable qui instruit sa femme des contraintes qui veulent qu'une jeune fille de bonne famille soit mariée avant de connaître la vie, et qu'un jeune homme doive apprendre la vie avec des femmes d'un autre genre (les "créatures" dont Darrieux veut que son mari lui raconte la vie — ce à quoi il se refuse ; mari qui, sans apparemment comprendre que sa femme le trompe, la met en garde contre ce genre de femmes mariées qui prennent du plaisir à l'extérieur (et qui meurent jeunes)
- la grisette (ni midinette ni cocotte) que le mari grise au Champagne dans un salon particulier (genre d'endroit dans lequel elle n'est allée qu'une fois, en compagnie d'une amie et du compagnon de celle-ci), un tantinet vulgaire
- le poète-dramaturge-auteur-à-succès (Jean-Louis Barrault) - en pleine créativité éthérée, qui n'a que de quoi boire, mais rien à manger ("Veux-tu que j'achète de la charcuterie ? — Oh non ! pas de la charcuterie")
- l'actrice dramatique — le couple de théâtre malheureux sans esclandre, ils savent déjà ce qu'ils vont se dire — gifles et embrassade
- le comte (Gérard Philipe) et grand militaire — amoureux de l'actrice
ICI scène de la "censure" : alors que le comte se jette dans le lit de l'actrice, plan sur le diseur en haut de forme, qui tient la bande et une paire de ciseau, avec laquelle il coupe brutalement le passage (mot prononcé très légèrement : "censure"), l'action reprenant abruptement après l'acte : )
mais un peu inconséquent, et très ivre - scène de la nuit d'ivresse qu'il ne se rappelle que par bribes, qu'il reconstruit petit à petit allongé à même le sol, les yeux douloureux, image de l'attelage avec le lévrier derrière (Arras ?), élocution hésitante mêlant accent aristo et débit alcoolisé
- retour sur Léocadie dans la chambre de laquelle le comte a passé la nuit sans trop s'en rendre compte, puis sur Franz qu'il croise dans la rue

Magie, poésie, finesse, légèreté, dialogues, décors, jeu d'acteurs : très grand

Personnage du diseur = le Monsieur Loyal (Peter Ustinov) de Lola Montès
Portraits de femmes libérées, même si elles ne maîtrisent pas toutes leur destin, elle joue avec la vie, comme dans une ronde