vendredi 15 mai 2009

Libelei - Max Ophuls 1930 (d'après Arthur Schnitzler)

Vienne fin XIXème, début XXème
Au centre : deux lieutenants de dragons, Fritz, le beau garçon à vif, et Théo, le bon vivant viril, deux jeunes filles, Mizzi, la blonde noceuse, et Christine, la brune timide.
Autour : le père de Christine, musicien d'orchestre bienveillant pour sa fille adorée (à un collègue qui le sollicite pour se rapprocher de sa fille, et la critique pour ses sorties tardives, le père répond que dans leur jeunesse, il a "protégé" sa sœur, ainsi il l'a préservé des dangers, mais aussi privé des plaisirs) ; le baron et la baronne ; les hauts gradés et l'orchestre.
Alors que Fritz est avec la baronne, Théo attend au vestiaire pour rendre des jumelles tombées de la galerie et admonester leur propriétaire, c'st ainsi qu'il rencontre les deux filles, qu'il emmène au cabaret, où les rejoint Fritz, perturbé par sa visitependant laquelle il a manqué d'être surpris par le baron rentré prématurément, se doutant de quelqe chose. A la sortie du cabaret, Théo rentre avec Mizzi et charge Fritz de raccompagner Christine chez elle. Sur le
L'intrigue est nouée, les destins
Début du film dans un théâtre où se donne un concert, scènes de coulisses, vues à travers des trous dans les décors... scène de l'heure : la braonne à laquelle Fritz rend une visite dangereuse en s'absentant du concert, téléphone au régisseur pour connaître l'heure de fin du spectacle -> dans La Ronde, les personnages éconduits, en fin de cycle (la grisette qui attend le comte à la sortie du théâtre ; le bourgeois qui attend la grisette au restaurant), demandent l'heure à des personnages (concierge du théâtre ; maître d'hôtel) qui leur répondent qu'il est onze heures, à quoi les personnages rétorquent qu'ils ont "onze heures mois cinq", ce à quoi les personnages interrogés répondent : "moi aussi" : il ne s'agit donc pas d'erreur mais d'un mensonge compatissant pour atténuer la déception et devancer l'impatience des personnages : avancer de 5 minutes l'heure du moment, c'est écourter la souffrance, anticiper la fin, faire passer plus vite le (mauvais) tour.

jeudi 14 mai 2009

La Ronde - Max Ophüls 1950 (d'après Arthur Schnitzler)

Sublime.
Un narrateur omniscient interventionniste, Monsieur Loyal, présentateur, démiurge... qui fait tourner un manège et les vies de
- Léocadie (Simne Signoret) - une jeune femme qui aime les militaires (même pas prostituée : elle ne demande pas d'argent, seulement un uniforme : )
- un jeune soldat Franz (Reggiani) - le 6ème à passer devant elle
- une domestique Marie (Simone Simon : ma-gni-fique : yeux, poitrine, expression d'innocence et de sens en retenue offerte)
- un fils à Papa-Maman (Daniel Gélin) - oisif, maladroit mais sûr de lui ("Marie !" etc. "ce corsage, il est bleu ?")
- une femme mariée (Danielle Darieux) - qui se dévergonde avec lui, faute de mieux semble-t-il, mais elle assume.
ICI coup de la panne : le manège sur lequel le diseur tourne la manivelle s'arrête un instant — le temps de la faiblesse de Gélin, qu'il met à profit pour parler du De l'Amour de Stendhal et des soldats "de cavalerie", dont un qui a passé 3 nuits, ou 6 nuits (3 nuits plutôt selon Danielle Darrieux) sans pouvoir et à pleurer dans les bras de son amie — discussion autour du terme "camarade". Dans un mouvement, Gélin prend Darrieux dans ses bras, réparé, le manège repart...
- le mari notable qui instruit sa femme des contraintes qui veulent qu'une jeune fille de bonne famille soit mariée avant de connaître la vie, et qu'un jeune homme doive apprendre la vie avec des femmes d'un autre genre (les "créatures" dont Darrieux veut que son mari lui raconte la vie — ce à quoi il se refuse ; mari qui, sans apparemment comprendre que sa femme le trompe, la met en garde contre ce genre de femmes mariées qui prennent du plaisir à l'extérieur (et qui meurent jeunes)
- la grisette (ni midinette ni cocotte) que le mari grise au Champagne dans un salon particulier (genre d'endroit dans lequel elle n'est allée qu'une fois, en compagnie d'une amie et du compagnon de celle-ci), un tantinet vulgaire
- le poète-dramaturge-auteur-à-succès (Jean-Louis Barrault) - en pleine créativité éthérée, qui n'a que de quoi boire, mais rien à manger ("Veux-tu que j'achète de la charcuterie ? — Oh non ! pas de la charcuterie")
- l'actrice dramatique — le couple de théâtre malheureux sans esclandre, ils savent déjà ce qu'ils vont se dire — gifles et embrassade
- le comte (Gérard Philipe) et grand militaire — amoureux de l'actrice
ICI scène de la "censure" : alors que le comte se jette dans le lit de l'actrice, plan sur le diseur en haut de forme, qui tient la bande et une paire de ciseau, avec laquelle il coupe brutalement le passage (mot prononcé très légèrement : "censure"), l'action reprenant abruptement après l'acte : )
mais un peu inconséquent, et très ivre - scène de la nuit d'ivresse qu'il ne se rappelle que par bribes, qu'il reconstruit petit à petit allongé à même le sol, les yeux douloureux, image de l'attelage avec le lévrier derrière (Arras ?), élocution hésitante mêlant accent aristo et débit alcoolisé
- retour sur Léocadie dans la chambre de laquelle le comte a passé la nuit sans trop s'en rendre compte, puis sur Franz qu'il croise dans la rue

Magie, poésie, finesse, légèreté, dialogues, décors, jeu d'acteurs : très grand

Personnage du diseur = le Monsieur Loyal (Peter Ustinov) de Lola Montès
Portraits de femmes libérées, même si elles ne maîtrisent pas toutes leur destin, elle joue avec la vie, comme dans une ronde

La Maison et le monde - Rabindranath Tagore (1915)

Bengale, avant 1915, agitations nationalistes du mouvement indou Swadeshi (chant : Bande Mataram) pour une émancipation de l'Inde des puissances étrangères (Royaume-Uni mais aussi Allemagne...), puis pour une dissociation d'avec les musulmans (qui tiennent de nombreux commerces, ne respectent pas les rites et les interdits indous ex. des vaches qu'ils sacrifient en violation des croyances indoues)

Roman à troix voix, trois narrateurs :
- Bimala, épouse de Nikhil, la Chota Rani (la belle-fille) : figure d'une Inde trop longtemps restée murée dans ses traditions, comme cette femme que Nikhil a aimé à sa façon, sans passion apparente, mais fidèlement et assidûment ; lorsque Sandip affirme sa place face à Nikhil, sa beauté et ses mots, sa vigueur et sa franchise séduisent immédiatement une Bimala habituée en 9 ans de mariage à des propos plus doux, des attetions moins vives ; le discours amoureux de Sandip passe par le discours patriotique ou prétendu tel
- Nikhil : Maharadja, figure du Bengale ancestral, respect des coutumes, mais aussi grande éducation, sagesse, et ouverture raisonné aux valeurs occidentales, respect des différences (des musulmans, dont il considère les revendications voire la violence comme une conséquence compréhensible de l'intolérance traditionnelle du Bengale, de son oppression à leur égard ; des femmes : il prend Bimala en douceur, respecte ses positions, quand elle veut prendre une domestique anglaise et quand elle veut devenir une égérie de la cause Swadeshi ; des pauvres : il prend fait et cause pour le pauvre Babu ? lorsque celui-ci dans une extrême dénuement tombe dans un piège ourdi par le swadeshi - le maître résoudra cette affaire avec tact et ruse, ce que Nikhil ne pouvait s'abaisser à faire)
- Sandip : jeune homme à la tête du Swadeshi ; figure de la passion dominant la raison, du désir, de la violence, de la puissance, de la destruction, de la séduction ; dans ses vingt ans, il dit qu'il devra mourir avant 30 ans, comme ses frères ; grand orateur enflammé en public, séducteur acharné et éhonté face à Bimala, dans le palais, face même à Nikhil, il revendique son absence totale de retenue pour obtenir ce qu'il souhaite

Personnages secondaires :
- la Bara Rani (la grande dame - belle-sœur) :
- Amyula : disciple de Sandip, très jeune, prêt au coup de poing, figure de la jeunesse hésitante
- le maître de Nikhil : figure de la sagesse

http://www.online-literature.com/tagore-rabindranath/home-and-the-world/

mercredi 6 mai 2009

Hedda Gabler - Ibsen (Nor.) 1890

Jörgen Tesman : jeune docteur en histoire des civilisations - thèse sur "L'artisanat du Brabant au Moyen-âge"
Mme Hedda Tesman (Gabler) : de retour de son voyage de noces en Europe (Tyrol not.)
Melle Tesman - Tante Juliane : tante du docteur - vit avec et s'occupe de sa sœur Rina, mourante - vieille fille, aime sincèrement Hedda, ne voit le mal nulle part, croit au bonheur simple du couple, passe complètement à côté des enjeux et des sentiments de chacun - préfère assister une mourante, ou tout autre malade après la mort de Rina, que de vivre vraiment
Brack : juge - bon vivant, peut-être un peu rustre, en tout cas, l'antithèse de la finesse, de la discrétion de Tesman, et de la passion à vif, de la sensibilité à fleur de peau de Lövborg - fait clairement comprendre son intention de créer un triangle avec Hedda et son mari, triangle exclusif (il sait que Lövborg est un rival : il va utiliser le comportement de Lövborg lors de la soirée de beuverie pour manipuler Hedda et obtenir d'elle sa soumission — soumission que Hedda refusera, jusqu'à la mort)
Berte : servante des Tesman
Ejlert Lövborg : figure du passé, d'avant le mariage de Hedda, et de son départ avec Tesman - lui-même revient dans la ville après une absence - son retour suscite l'inquiétude de Mme Elvsted : on devine que Lövborg a eu une vie dissolue ; à l'inquiétude de Thea, on devine que cette préoccupation trahit une certaine affection - on comprend que Lövborg a été un noceur, qu'il a renoncé à la boisson
Mme Elvsted - Thea : femme du préfet - secrètement amoureuse de Lövborg, qui a logé chez elle et son mari ("là-haut"), tout en étant le précepteur des enfants que le préfet a eus de sa première femme - Thea a activement aidé Lövborg pour la préparation de son deuxième livre à paraître sur le futur des civilisations - elle voit en ce nouvel ouvrage, l'enfant qu'elle aurait eu avec Lövborg

Hedda : victime ou coupable ? coupable ou victime ?
Preso : peu de compassion pour elle
Coupable :
- martyrise et manipule mentalement Thea (qu'elle appelle Thora alors qu'elle prétend lui rappeler les bons souvenirs de leur enfance) - réitère les menaces qu'elle avait faites à Thea de lui brûler les cheveux - impose à Thea un comportement de soumission : placement dans l'espace, la force à assister à la déchéance, la nouvelle chute de Lövborg (lorsqu'elle lui force la main pour boire en révélant à demi-mot que Mme Elvsted est venue prévenir les tesman de la présence de Lövborg dans la ville, et de ses inquiétudes, rompant de la sorte la relation de confiance que Lövborg croyait avoir réussi à construire avec Mme Elvsted) ; déclare qu'elle veut avoir le contrôle du destin d'un homme (celui de Lövborg) ;
- joue avec Lövborg à qui elle fait croire que les échanges qu'ils ont eux ensemble avant son mariage n'avaient aucune signification amoureuse ; lui déclare qu'elle ne veut pas être infidèle quand elle voit bien que Lövborg est encore fou amoureux d'elle ; finalement lui donne un pistolet en l'incitant très clairement à se suicider au nom de la beauté du geste ;
- détruit froidement les cahiers de Lövborg quand elle réalise combien ils sont l'œuvre commune de Lövborg et de Thea ;
- se moque de Tante Juliane lorsqu'elle prend le chapeau que la tante vient de s'acheter pour sortir avec Hedda sans lui faire honte pour le chapeau de Berte (insinuant par là que la tante a des goûts médiocres)
- se moque de Tesman (qui ne s'en rend pas compte - perdu entre amour et passion pour ses études) en reprenant ses tics de langage, ses expressions, son ton ou ses mimiques ("Hein ?", "pense donc")
- son seul objectif : avoir la maison parfaite pour mener une vie mondaine, le lieu et son aménagement - Tesman l'a accepté et pour cela est prêt à faire de grandes dépenses, il espère donc obtenir au plus vite sa nomination en tant que professeur (Hedda n'a que faire des obstacles comme la condition du concours préalable et la perspective d'un endettement ne la fait pas renoncer à ses envies ; Hedda n'éprouve d'ailleurs aucune gratitude à la tante alors que celle-ci explique s'être portée caution pour la maison et les meubles, sur la base de ses rentes et celles de tante Rina)

Victime :
- jeunesse passée avec un père ancien général dont on ne sait pas grand-chose : on devine l'absence, la mort de la mère
- on comprend la rigueur du père, et encore sans excès particulier (ni claustration, ni violence, ni inceste...) : Hedda et Lövborg devait se retrouver dans le salon de la maison du général et en sa présence, pendant qu'il lisait son journal) ;
- Hedda explique que son éducation lui a interdit le jeu des sentiments (raison selon elle qui la poussait à découvrir ces choses à travers les confidences provoquées de Lövborg, au cours de discussions que lui prenait pour des jeu de séduction-provocation sensuelle, lorsque Hedda, elle, prétend qu'il s'agissait d'une curiosité sans conséquence de sa part) ;

Finalement : égoïsme, égocentrisme, capricieuse, lâcheté (Hedda l'avoue elle-même acte III) - Hedda s'applique à éprouver son pouvoir sur les autres (sur Lövborg quand ils étaient "camarades", III ; sur Thea et Lövborg IV scène des punchs glacés ; xxx), à manipuler tous les personnages dans son unique intérêt, n'éprouve aucune émotion à la mort de la tante ; la seule émotion qu'on lui connaît, c'est sa déception lorsque Brack lui révèle que Lövborg ne s'est pas lui-même tiré une balle, dans la tempe comme elle l'espérait, ni même dans la poitrine, mais qu'il a plus vraisemblablement été victime d'un coup tiré par la chanteuse rousse qui lui a tiré dessus en légitime défense, et dans le bas-ventre ; la médiocrité de cette mort lui est insupportable ; face à la perspective d'une cour assidue et vulgaire du juge Brack, elle décide de sortir de ce vulgaire par la mort et se tire une balle dans la tête

Question de l'éducation (bof) ? du scandale, de la pesanteur des normes sociales ? du poids des hommes ? (son père et le juge Brack — mais Tesman semble très souple et disponible, si ce n'est éperdument, passinément amoureux ; Lövborg l'est, mais il est aussi impuissant dans la vie, après le départ de Hedda, il a eu besoin de stabilité : il a quitté sa vie de noceur pour se plonger dans l'écriture, et avec l'aide et l'amour sincère et dévoué de Mme Elvsted, a réussi à se construire une nouvelle stabilité, que Hedda va prendre un malin plaisir à renverser d'un coup)

Hedda en Madame Bovary ? en quête de beauté, de sublime face à la médiocrité, à la tempérance, à la tiédeur des sentiments, de la vie ?

lundi 4 mai 2009

Les Funérailles de la Grande Mémé - Garcia Marquez

8 nouvelles de 1962
La sieste du mardi
Une femme et sa fille arrive en train dans un village endormi sous la chaleur. Elles se rendent à l'église pour pouvoir accéder à la tombe d'un homme, le fils, qui vient d'être enterré, après avoir été tué lors d'une tentative de cambriolage. La mère, digne, ne nie pas que son fils a mal tourné mais en peu de mots fait comprendre qu'il a beaucoup souffert avant d'en arriver là : boxeur contraint, il en a perdu toutes ses dents ; lorsqu'il en a été réduit à voler, elle lui a dit de "ne jamais voler ce qui pouvait empêcher quelqu'un de manger" (comprendre : ne pas priver quelqu'un des moyens de se nourrir ?). Le curé sorti de sa sieste par cette visite imprévue semble bien indifférent à la peine de cette mère : "la volonté de Dieu est insondable."

Un jour comme les autres
Un dentiste est contraint d'extraire une dent au maire du village contre son gré : on comprend que ce maire a fait tuer plusieurs de ses opposants, et que sa gestion des deniers publics est proche de la prévarication.

Il n'y a pas de voleurs dans ce village
Un jeune homme, plus ou moins boxeur, vole les trois seules boules de billard de la salle du village. Un noir est accusé du vol et expulsé du village par bateau, sans que cela perturbe le véritable voleur, jusqu'à ce que des états d'âme et l'alcool le troublent tant qu'une nuit de beuverie, il rapporte les boules à la salle, où il est surpris par le propriétaire d'abord incrédule puis décidé à lui faire payer l'affront en l'accusant contre la vérité d'avoir dérobé une somme d'argent qu'il sait le voleur incapable d rembourser. Trace du fantastique : le voleur a dit à sa compagne qu'il avait vu un gros chat blanc le soir du vol ; il revoit ce chat lors de la restitution mais ce chat disparaît dès l'irruption du propriétaire. Son existence n'est pas prouvée, en fait. Sens de cette vision ?

Le merveilleux après-midi de Balthazar
Un menuisier construit une magnifique cage à oiseaux dont tout le monde reconnaît la beauté/ Le médecin veut l'acheter mais le menuisier refuse de la lui vendre prétextant qu'elle a été faite pour le fils d'un riche propriétaire du village, lequel refuse de lui payer en humiliant le menuisier à qui il reproche d'avoir accepté une commande de la part d'un enfant. L'enfant se met à pleurer, provoquant la colère du père, le menuisier peiné de voir l'enfant dans cet état décide de lui offrir la cage et quitte cette maison sans un sou mais payé des louanges faites au sujet de sa cage, part s'envirer au village, paye des tournées et finit ivre mort, dépouillé, seul, et fier à en pleurer.

La Veuve Montiel
Deuil douloureux de la veuve de don José Montiel qui ne comprend pas ce qu'elle perçoit comme de l'ingratitude des villageois à l'égard de son défunt mari. On apprend que ce commerçant a aidé le maire a éliminer toute opposition politique en faisant assassiner les pauvres et en exilant les riches, dont il acquérait ensuite les biens à vil prix, se constituant ainsi une fortune invraisemblable. Incapable de réaliser la violence et la culpabilité de son mari, la femme se cloître dans son hacienda, se met à se ronger les ongles, tellement que son bras finit par s'ankyloser, signe selon Grande Mémé qui lui apparaît en songe, que sa mort est proche.

Un jour après le samedi
Histoire de trois personnages dans un village improbable, perdu dans le temps : le père don Antonio Isabel du Très Saint Sacrement de l'Autel ; Rébecca, la veuve amère, apparentée au colonel Aureliano Buendia, habitant la demeure dans laquelle le frère du colonel, José Arcadio Buendia fut tué d'une balle de pistolet ; un jeune homme de passage dans le village, descendu du train pour s'alimenter et contraint d'y rester parce qu'il manqua le train qaund il redémarra... Amertume, insensibilité, égocentrisme, mépris de la femme ; sénilité apparente, impassibilité, émotion du père de 94 ans qui dit avoir vu le diable par trois fois, s'attirant la risée et le mépris des villageois, puis le Juif errant, dans un moment de solitude écrasé de chaleur, interprétant la mort de plusieurs oiseaux comme le signe de l'imminence de l'apocalypse ; incommunicabilité entre des figures si longtemps marquées dans des positions antagonistes
"tout s'était effacé de sa cervelle, le théâtre grec et les classiques qu'il ne différenciait pas entre eux mais avait baptisés en bloc : "les petits vieux de dans le temps"."
"En outre, une légende (ou peut-être une histoire) courait au sujet de la famille de Mme Rébecca"

Les roses artificielles
"Après avoir humé longuement le café pour constater qu'il était prêt, elle retira la casserole du feu."

Les funérailles de la Grande Mémé
"Et voici maintenant, incrédules du monde entier, l'histoire véridique de la Grande Mémé, souveraine absolue du royaume de Macondo, qui gouverna sur ses domaines durant quatre-vingt-douze ans et mourut en odeur de sainteté un mardi du dernier mois de septembre, et aux funérailles de laquelle assista le Saint-Père en personne."
"maintenant, oui, l'heure est venue d'appuyer un tabouret contre la porte de la rue et de raconter par le menu les détails de cette commotion nationale, sans laisser aux historiens le temps de venir y mettre leur nez."
Fin d'un temps ancien : la Grande Mémé régnait sur des territoires issus de la répartition des terres du temps des conquistadores, dirigeait ses domaines et leurs habitants comme un seigneur autocratique, arbitraire et paternaliste
- le patrimoine physique : 3 encomiendas concédés par ordonnance royale à l'époque de la Colonie
- le patrimoine invisible : "les demoiselles très distinguées"





Le président de la République, contraint de trouver une ruse juridique pour légitimer sa présence aux funérailles, et le souverain pontife, contraint de quitter sa résidence d'été de Castel Gandolfo en pirogue noire pour traverser l'atlantique et les rivières : l'Etat moderne, légaliste, formaliste et populiste, et l'Eglise, traditionaliste, aux obsèques grandiosement ridicules de la vieille Colombie, à l'amour violent et dominateur pour sa progéniture, légitime ou naturelle, qu'elle a de tout temps organisée (mariages de raison, consanguinité, accaparement, regroupement des domaines) et exploite...

Lola, une femme allemande — Rainer Werner Fassbinder

Une ville d'Allemagne après-guerre, sous occupation américaine, en plein "Wirtschaftwunder"
Le soir, un "salon" regroupe tous les notables de la ville autour de Lola, chanteuse-danseuse-prostituée : l'entrepreneur Stuckert, le maire, le chef de la police, un jeune employé du service de l'urbanisme.

Un nouveau responsable est nommé à la tête du service d'urbanisme. L'homme apparaît rigoureux et scrupuleux. Lola, irritée de ce qu'on lui dit qu'un tel homme n'est pas de "son genre", parvient à lui tirer un baise-main en public lors du dévoilement de la statue érigée en l'honneur du comte Von Staufenberg (pour la réconciliation des allemands, de la résistance et de l'armée). Dès lors, l'homme de dossiers, discret et méticuleux, va se passionner pour Lola, jusqu'à ce que l'entrepreneur et son employé lui fassent découvrir la vérité un soir en l'invitant au salon. Clash : l'homme se sent insulté, Lola, d'abord choquée, assume et chante de plus belle. L'homme va alors s'employer à empêcher le programme... mais finira par céder aux charmes habileent vendus de Lola, au désespoir de sa mère qui aimait cet homme sincèrement.

La question : le projet Lindenhof, un programme de reconstruction immobilière, pourra-t-i voir le jour malgré les violations flagrantes des règles d'urbanisme ?
Autrement dit : quel est le prix du "miracle économique" allemand ?

Les rôles :
- la mère de Lola : vient de Prusse orientale (Pologne), accent ("Chtalingrad" dit-elle, lorsqu'elle parle de son mari tué sur le champ de guerre), une figure de l'Allemagne historique - pré-nazie, ou des racines devenues antagonistes par la folie conquérante
- la femme de Stuckert : femme de la haute désargentée affichant ses principes de pure forme (notamment d'ordre social, d'apparence), méprise Stuckert (scène de la voiture) qui la trompe sans vergogne, ce dont elle a certainement conscience - une scène montre la maison où vivent le couple : une maison quelconque, dans un quartier pavillonnaire, avec une piscine et une nacelle dans un petit jardin (du Tati au rabais) : la noblesse a quitté les châteaux
- Lola : l'Allemagne d'après-guerre : prête à se vendre au mieux-disant, rêve de grandeur, sans scrupule
- Stuckert : l'entrepreneur, les forces économiques, le patronat ; homme du peuple, de peu d'éducation, jouisseur
- le maire : les politiques : peu soucieux des règles, paprtisans d'une application souple, au profit du développement
- le chef de bureau : le peuple allemand, tel que libéré, sur le seuil de son avenir, un pied dans le passé, un autre dans l'avenir, à chercher sa voie : respectueux mais indifférent à l'Allemagne traditionnelle, préfère les charmes du nouveau et de l'occident, jusqu'à la compromission, au renoncement, à la légalité, à la moralité, aux idéaux du socialisme, voire l'anarchisme de Bakounine (citations répétées)
- l'employé : un autre visage du peuple, la classe populaire, fatiguée des idéaux, cède à son plaisir : quitte le parti des moralistes
- les moralistes : autre visage du peuple : en arrière-plan : impuissant, simple bruit de fond ; les patrons et les politiques les tolèrent parce que la Loi fondamentale a sanctuarisé la liberté d'expression, mais n'en tiennent aucun compte (les manifestants qui apparaissent de façon récurrente, de jour, bien sûr, tiennent des pancartes ou défilent sagement, sans violence, sans effet)

Scène finale : après le mariage du chef et de Lola, le chef part en balade avec son ancien employé à présent salarié de l'entrepreneur, pendant que celui-ci se retrouve avec Lola à qui il remet la liste des libéralités qu'il lui destine à sa mort (la souhait de Lola n'était finalement pas très ambitieux : il s'agissait simplement de prendre possession de son propre salon...), se garantissant sa fidélité et ses faveurs. Pendant ce temps, le chef et son ancien employé se retrouvent au pied de la grange où Lola s'était donné au chef de bureau — à la place de Lola, c'est la fille qu'elle avait eue avec Stuckert, qui attend des marques d'attention, attend un nouvel avenir...

vendredi 1 mai 2009

De l'amour et autres démons - Garcia Marquez

Pluie de cocottes de papier à la fin des funérailles de la première épouse du marquis, une cocotte saisie au hasard sur laquelle est écrit : "la foudre, c'était moi."

L'amour central : Cayetano Delaura, le bibliothécaire chargé de l'exorcisme de Sierva Maria de Todos Los Angeles (élevée et aimée par les esclaves noirs, elle se donne le nom de Maria Mandinga) découvre progressivement son amour pour la jeune fille mordue par un chien enragé, que l'on accuse de possession démoniaque à défaut de pouvoir relever des symptômes de la rage


Périphérique : Don Ygnacio de Alfaro y Duenas, deuxième marquis de Casalduero, et Dulce Olivia, prétendument folle, le marquis croit l'aimer et se décide à la fin de ses jours à la retrouver, mais face à l'impossibilité, celle-ci devient un esprit qui continue de hanter la propriété du marquis, y prodiguant les soins ménagers délaissés par les esclaves
Périphérique 2 : la liaison matrimoniale du marquis et de sa seconde épouse, Bernarda Cabrera : impossibilité de l'amour sans raison claire pour le lecteur, de cette union naît Sierva Maria que ni l'un ni l'autre ne parvient à aimer (y retrouvant chacun trop de l'autre), vers la fin de ses jours, le marquis croyant moins haïr sa femme va la chercher dans la sucrerie où elle s'est réfugiée, mais celle-ci lui révèle que leur liaison ne fut que le résultat d'un stratagème manigancé entre elle et le père du marquis, dont le dénouement devait être son assassinat
Périphérique 3 : Bernarda et Judas Iscariote - affranchi au corps musculeux qu'elle découvre un jour de fête alors qu'il combat un taureau à mains nues
Périphérique 4 : la liaison du marquis avec Dona Olalla, sa première épouse, qui périt foudroyée - une cocotte en papier tombée du ciel, produit de la folle éconduite, lui apprend que celle-ci qui a provoqué la mort de son épouse

Le lien Sierva Maria / Cayetano : Sierva Maria mordue par un chien au front marqué d'une lune d'argent / le biblio aux cheveux marqués d'une mèche grise (à 36 ans lors de leur rencontre - qu'il tient de sa mère)

Réf : culture africaine des esclaves : yoruba, congo, mandingue (chants, divinités, sacrifices, bijoux) / culture classique des Espagnols / culture des créoles / culture des séfarades :réf aux Juifs portugais chassés d'Espagne

La captivité de Sierva Maria et les tentatives désespérées de Cayetano pour la retrouver et la sauver : cf La Chartreuse de Parme

Le médecin-magicien-érudit : Abrenuncio de Sa Pereira Cao, craint et respecté pour une prétendue résurrection

La domestique lien entre les époux et l'enfant, garant de la tenue de la propriété : Dominga de Adventio

(petits problèmes de chronologie, cf Bernarda : dans un temps où elle fait des indigestions de cacao, il est dit qu'elle n'en a jamais mangé quand elle rencontre Judas Iscariote)