lundi 13 avril 2009

Histoire de l'infamie - Jorge Luis Borges

Histoires édifiantes de personnages infames, indignes, pleutres, imposteurs, cruels, sanguinaires, mesquins, souvent châtiés par un sort implacable, sans pitié, définitif.

A retenir : histoire des gangs de New York (Swamp Angels) ; le veuve pirate ; histoire de l'ingratitude du doyen de Santiago à l'égard de don Illan de Tolède le magicien (craignant son ingratitude, le magicien lui fait croire pendant un voyage spatio-temporel qu'il passe progressivement de doyen à pape et lui demande à chaque fois un geste pour son fils, geste qu'il refus systématiquement : fin du voyage : don Illan fait rôtir les cailles qu'i avait demandé à sa domestique de lui préparer au début du voyage immobile) ; histoire du voyageur parti chercher un trésor dans une ville, amené face au roi de cette ville qui lui demande la raison de sa présence dans cette ville, à sa réponse, le roi dit en se moquant de lui que lui-même rêve qu'un trésor se trouve dans un endroit de la ville d'où vient le voyageur mais que ce n'est pas pour autant que le roi croit en ce rêve et part à la recherche de ce trésor — de retour dans sa ville, le voyageur découvre le trésor et devient riche)

Les sources


samedi 11 avril 2009

Mémoire de mes putains tristes - Gabriel Garcia Marquez

A l'aube de ses 90 ans, un homme demande à une maquerelle de lui fournir une jeune vierge. 
L'homme est écrivain, journaliste, rédige un billet hebdomadaire pur une revue (cérémonie d'adieu dans es bureaux, remise du dernier papier-lettre de démission), écoute la musique avec émotion et concentration (classique, mais aussi tango)
La jeune vierge est préparée pour la rencontre mais la nuit se passe sans qu'elle se réveille, et lui n'ose pas passer à l'acte, se contentant de l'admirer. Cette scène va se répéter à plusieurs reprises. L'homme va décider d'arrêter ce jeu. s'ensuivra un silence et une absence de la vierge et de sa maquerelle que l'homme interprétera mal, les trois se retrouvent finalement, la maquerelle révélant à l'homme que le jeune fille est devenue folle de lui
L'homme est moche (comparaison avec un cheval) mais jouit d'un membre d'une vigueur certaine 
Les rapports homme-maquerelle se font souvent par téléphone interposé
Scènes de sensualité brute : une femme fait le ménage en jupe, prise par derrière ("pas une entrée là, c'est une sortie")
Pouvoir : corruption, arbitraire des forces de police (rapport à la minorité de la vierge)

lundi 6 avril 2009

La Mort d'Ivan Illitch - Maître et serviteur - Trois morts - Tolstoï

Maître et serviteur
Tempête de neige, tentative absurdement obstinée de rejoindre la ferme d'un propriétaire terrien pour acheter à bas prix une parcelle de forêt convoitée par d'autres.
L'avidité, l'appât du gain, le calcul, la tricherie (le maquignonnage), le paternalisme un peu méprisant de Vassili Andréitch Brékhounov contre la sagesse taciturne et la non-résistance passive de Nikita le serviteur.
Comme dans La Mort d'II, le riche chemine à l'approche de la mort vers la compréhension de ce qui est essentiel : l'altruisme, la générosité, jusqu'au don de soi, de son corps et de sa vie.
Qui du maître ou du serviteur va mourir le premier ?

La Mort d'Ivan Illitch
Obsession de la réussite d'Ivan Illitch Golovine, du statut, de sa propre réussite, contre ses rivaux, contre sa femme (Praskovia Fédorovna), et sa famille
Indifférence amusée et critique de la part de la femme et de la fille (Lise, Lison) : la fille veut se marier, elle en veut (presque) à son père de lui gâcher son plaisir
Bienveillance du domestique Guérassime, bonté paysanne, force, fraîcheur et santé de la jeunesse campagnarde contre la fragilité du corps citadin, apprêté, du maître 
Portraits de médecins : les bons et les mauvais, les "sommités" et les autres ("éminent médecin", "docteur non éminent" p 72). Discours direct du maître contre les médecins qui savent et ne disent pas, ou qui ne savent pas mais ne le disent pas. 
Analogie entre l'attitude artificiellement distante, indifférente, péremptoire, autoritaire du médecin face à son patient qui n'a pas le droit de questionner cette autorité, et celle du juge d'instruction-procureur qu'Ivan Illitch avait réussi à devenir en maîtrisant parfaitement ces modes de comportement

Les Enfants de Minuit - Salman Rushdie

Un réalisme-historique-magique à grosses coutures.

mardi 17 mars 2009

Trilogie d'Apu

La complainte du sentier
Une famille très pauvre du Bengale. Apu naît alors que le film a déjà mis en place la famille et la fille en particulier, qui est au centre de l'histoire : elle vole, aime et s'occupe de sa grand-mère, esprit sauvage...
Personnage phare : la mère. Beauté de Durga, la fille, tire la langue (pointue). Elle meurt d'une apoplexie après avoir joué sous la pluie. 
Le père part gagner de l'argent mais ne donne pas assez de nouvelles ni d'argent à la famille : la mère dépérit, déprime.
le plus poétique. Simplicité extrême, évoque Songe d'une nuit d'été, nature, décors de la maison en ruine faisant corps avec la nature
La tante, fantôme mort-vivant évoque Kurosawa, délaissée par la mère qui la chasse à plusieurs reprises. La tante meurt dans les bois, Durga la découvre, Apu ne comprend pas ("elle dort ?") 
Apu et Durga : beauté innocente, un peu sauvage. Les yeux. Scène où Durga doit réveiller Apu : on pourrait le croire mort : Durga relève des draps pour trouver l'oeil d'Apu, elle l'ouvre comme un coquillage, image très surréaliste. 
Le train : apparaît par le sifflement au loin. Durga emmène Apu voir le train: paysage nouveau, poteaux électriques, modernité inconnue, dangereuse, inquiétante (bruit de la haute tension)
La pluie (la mousson arrive progressivement, en deuxième partie de film, images des étangs, des feuilles de nénuphars qui se recourbent), le vent  (feuilles qui volent, portes, volets); éléments naturels très présents, tempête la nuit de la mort de Durga (présence du dieu éléphant : on peut maginer que Durga va être sauvée) 
Religion : scène d'offrandes de durga qui prie pour avoir un mari (sa meilleure amie vient de se marier), elle meurt peu de temps après. + dieu éléphant = critique de la croyance des villageois ? 
La tempête a détruit la maison des aïeux du père, et les liens qui les rattachaient à la maison et au village. Scène d'adieux où la voisine dit que l'on n'est pas fait pour rester toujours au même endroit ("ça rend mesquin, je le vois avec moi" dit-elle en pleurant)

L'invaincu
La famille part à Bénarès : le père y fait des prières pour gagner de l'argent. 
Changement de décor : du huis-clos de la maison et de la cour, passage à la vie urbaine et sa promiscuité de voisinage (plus intrusive que dans le village : la famille n'a pas les mêmes rapports avec des voisins inconnus qui se mêlent de tout (exhortations aux bains) + pressions du voisin)
Le père se baigne régulièrement dans le Gange. Dévotion pure mais un peu fanatique.
La mère tient le foyer. Apu grandit en se baladant toute la journée dans les rues (scène près du Gange où il admire un homme fort -> scène dans Le monde d'Apu où il fait des exercices sur la terrasse de l'immeuble au matin, mêmes mouvements que cet homme : accroupissements, bras tendus...)
Le père meurt des suites d'une congestion pulmonaire (sic). Critique de la médecine : cataplasme de moutarde censé guérir le mal. Critique de la médecine traditionnelle : le père est censé lui-même être un guérisseur (scène des herbes pour un voisin), mais aussi de la médecine moderne (le docteur appelé a un stétoscope — mais prescrit des remèdes à l'ancienne)
Hésitations de la mère quant à la direction à prendre : propositions d'une fammile riche qui invite la mère à son service ; propositions d'un prêtre qui part en pélrinage. La mère décide de suivre ce prêtre qui comence l'éducation d'Apu.
Réticence rapide d'Apu, tentation attrait de l'école. la mère accepte de l'envoyer étudier. Scène de la lecture devant l'inspecteur : Apu lit le poème dans un rythme très musical (cf chanson percussive d'une chanteuse indienne)
Apu réussit ses études (deuxième du lycée), choisit de poursuivre en sciences, doit partir à calcutta, déchirement de la mère. Pendant qu'Apu découvre la vie étudiante et un peu oisive (avec Pulu) à la ville, sa mère s'enfonce dans une dépression (Apu ne lui écrit pas assez, rechigne à aller la voir pendant les vacances), ses yeux se creusent, devient semblable à la tante, scène de prostration au pied d'un arbre, entend la voix d'Apu un soir, près de létang (visions des lucioles : magnifique). Mort de la mère : Apu arrive à la maison vide. Part de la maison sans procéder aux funérailles
Train : outil du déchirement, de la séparation, du mensonge (le charlatan qui vend une crème magique à-tout-faire). toujours les sifflements au loin. Apu fait mine d'avoir raté le train pour rester plus longtemps près de sa mère
Sommeil, réveil difficile : dans cette scène, Apu a demandé à sa mère de le réveiller à 6 heures (son train est à 7) : sa mère n'arrive pas à le réveiller (peur croyant qu'il est mort — rappel du lit de mort de Durga). Scène du cours de littérature (métonymie, synecdoque, "association de mots", euphémisme) : Apu s'endort pendant le cours (doit travailler le soir à l'atelier de typographie
Critique de la religion : la dévotion, l'ascétisme discipliné voire fanatique du père ne l'a pas préservé de la mort — pire : le père meurt subitement après avoir ingurgité un verre d'"eau sacrée" du Gange ; déjà, c'est en rentrant de son bain auquel il est allé alors qu'il était déjà fatigué, qu'il a une attaque et s'effondre en haut des marches). Récurrence de l'oubli des lunettes : à chaque fois qu'il sort de Gange, le père oublie ses lunettes : perte de clairvoyance ? abandon de la raison sous l'effet de l'obéissance aux rites ?

Le monde d'Apu
Impression : passage du poétique pur (1) au néo-réalisme avec une dose d'expressionnisme (organisation du décor urbain, escaliers, visages très noirs (Apu en déprime à l'annonce de la mort d'Aparna). Dans Le monde, les décrs sont plus étudiés, très organisés (chambre d'Apu). Le jeu des acteurs est plus "occidental" : on croirait de la nouvelle vague par moments (les scènes Pulu/Apu, leurs habits, les cigarettes), on a quitté le théâtre traditionnel des débuts (genre Kurosawa)
Fatalité : alors qu'Aparna révèle ses sentiments à Apu, devient sincèrement amoureuse, se dévoue pour le servir (alors qu'ele était en droit d'attendre une vie de femme aisée), repart chez ses parents, lui écrit, lui reproche des fautes vénielles ("je t'ai écrit 8 fois, toi 7 — je te détesterai toujours, toujours"), scènes de joie frivole, de gaité, de égèreté (enfin) puis drame : le cousin ou frère vient annoncer la naisszance avant terme de l'enfant d'Aparna, on devine qu'elle est morte en couche (apu frappe cet homme : geste de violence contre le sort, la vie, qui ui vole encore l'être qu'il amie)
Scène de la vocation littéraire : un soir, en passant sur les voies ferrées, Apu explique à Pulu son projet de roman : (— "jeune paysan pauvre qui va étudier, réussir... — autobiographie — ma vie, et du roman" problème : Apu ne connaît rien à l'amour (d'ailleurs interrogations régulières sur ses rapports avec Pulu, et avec les hommes qu'il a croisés : l'homme riche à qui, enfant, il carresse les cheveux), Au n'a jamais eu de rapports avec des filles -> l'arivée d'Aparna se situe dans a suite de cette discussion. Beauté de l'écriture : sur le fleuve, Pulu lit des vers d'Apu et l'en félicite / Rejet de la littérature : Apu déchiré jette ses feuillets du haut d'une colline face à un coucher de soleil
Beauté d'Aparna : "Qui t'a fait de tels yeux ?" — "le kohl." Aparna est une beauté plus sensuelle, sophistiquée, quand Durga était une beauté naturelle, enfantine, mutine, pure (c'est ainsi qu'elle se présente dans la scène des offrandes "vierge pure")
Train : le train tue : au moment où l'on pense que Apu va se jeter sous un train, on entend un cri animal : un agneau a été éventré par un wagon. Dès son installation à l'appartement, Aparna ne supporte pas le sifflement du train : elle plaque vivement ses mains sur les oreilles. Apu croit gagner l'amour de son fils Kajahl en lui offrant un jouet en forme de locomotive : Kajahl le rejette violemment ; scène de fin : le grand-père voit Kajahl rejoindre Apu en courant puis sauter dans ses bras, et s'en retourne, la locomotive dans une main : Apu et son fils sont réunis, le train ne les séparera plus, fin de la malédiction d'Apu ?
Critique des traditions, croyances, coutumes : mariage d'Aparna arrangé par ses parents, le mari promis s'avère fou. La mère refuse le mariage, le père tente de l'imposer, la mère menace de se suicider. Le mari repart, la famille d'Aparna craint la malédiction qui veut que si la fille n'est pas mariée au moment prévu, elle sera maudite. Pulu, pourtant issu d'une famille aisée, éduqué et passé par la ville, comme Apu, prie Apu d'accepter le mariage avec sa cousine pour éviter la malédiction. Apu refuse d'abord ("on n'est pas au moyen-âge") puis s'y résout (dès l'arrivée d'Apu, la mère d'Aparna avait vu en lui le visage de Krishna, dit ensuite qu'elle avait su dès le début qu'il était bon...), peut-être pour obtenir le job dont Pulu lui avait parlé. Mais une fois le mariage scellé, Apu cherche à mieux connaître Aparna, sans profiter de sa situation, toujours hésitant, il veut qu'Aparna se sente au mieux. Lui-même éprouve une grande honte à la faire vivre dans la pauvreté, état qu'elle déplore (elle pleure en cachette) mais auquel elle s'habitue vit, apr amour, allant jusqu'à refuser qu'Apu prenne un deuxième travail, le menaçant de rentrer chez ses parents si elle ne pouvait plus le voir du fait de ses activités. Aparna rend visite à ses parents : très belle transition entre la scène où le couple est au cinéma regadant un film populaire mettant en scène un enfant aux pouvoirs magiques, protégé des dieux qui le sauvent de monstres (Apu est amusé par le film tandis qu'Aparna semble insensible) — et la scène de carrosse où le couple se déclare son amour (fondu par le biais de l'écran t de la fenêtre arrière de la calèche)
Note : Aparna n'est pas très cultivée, ne sait écrire que le bengali : "plus je t'écris, plus je fais de fautes"). Apu commence à lui enseigner l'anglais : C A T, F A T... "fat cat" (personnage riche et puissant) ?
Note : présences au moins à deux reprises de chants très flamenco

jeudi 5 février 2009

Collection Berardo au Musée du Luxembourg

Berardo : entrepreneur portugais - musée ouvert à Lisbonne en 2007
70 œuvres - 4 ou 5 salles - trop cher pour trop peu - moquette - mal éclairé, souffleries froid - point positif : jupes relevées dans les salles (châtain un cruche, veste velours marron, bas prune, jupe marron courte - pli à mi-cuisse, niveau d'une couture horizontale intermédiaire) et dans la librairie (brune un peu arty, bas opaques noirs, sac bandoulière retient le mouvement, même niveau max que dans la salle, réaction rapide, retournée vers nous)
Surréalisme
Miro : Figure à la bougie 1925
un couple (devine formes de corps d'une femme en robe rouge / homme épaules larges chemise blanche - étirées, déformées - fond huile toile blanche tirée par fixations sur un plancher aérien)
Magritte : Le Goufre argenté 1926, mur percé sur une colonne métallique à grosses vis - barre sur le travers du mur - perspective déformée, tailles incohérentes
Hans Bellmer - Toupie : os iliaque en plusieurs plis, rotules phalliques, pied de la toupie main posée sur une base
De Chirico - Cohorte confuse : multiples personnages, membres, attributs guerriers : casques, lances, épées, fanions, boucliers, jambes, bras ; mais pas un visage unique ; arrière-plan : façades de temples antique, carrelage
Pierre Roy - Le Café de la marine : port, poissons, hameçons, clair de lune
Max Ernst : Coquilles, fleurs 1929 : touches criantes, formes rondes techniques brosse sur fond huile monochrome / huile fond noir arbres imaginaires, lune légère
Abstraction
Man Ray (café)
Dali - téléphone homard
Pop Art
Klein IKB (603 ?) vernis craquelé brillant : apparence vagues
Nouveaux réalistes (1960)
Villéglé : Libération - Thorez ; (1 affiche italienne à côté platement publicitaire : Lava bene)
Soulages : noir, fond blanc, retours de brosse proche brou de noix
Fontana 
Tom  Wesselman : Great American nude #52 1963 : tech mixte : photo d'un couple en tenue de soirée, verre à la main ; pied du tableau : nu abstrait ; moquette blanche... moderne ?
... ombre projetée sur fond blanc, contournée de bleu, femme fumant, côté gauche du tableau : Audrey Hepburn et son prote-cigarette ?
Andy Warhol : Campbell Soup / Ten-foot flowers 1967

Six personnages en quête d'auteur - Pirandello

Edition GF Flammarion "Etonnants Classiques", 2004, trad. Claude Perrus, prés. et dossier par Nadia Ettayeb

Six Personnages fait partie d'une trilogie intitulée le "théâtre dans le théâtre" qu'elle initie en 1921, suivront : Chacun son idée (d'abord int. Comme ci [ou comme ça], 1924, et Ce soir on improvise, 1929
Un soir, dans un théâtre, une troupe de piètre talent répète une pièce de Pirandello (Jeu des rôles, 1919) lorsqu'apparaissent six personnages qui demandent à trouver un auteur.
Ces personnages disent être "nés vivants" de l'imagination d'un auteur qui n'a pas voulu leur donner de suite
Réactions d'abord amusées puis fascinées des acteurs, et surtout du directeur ; les acteurs deviennent les spectateurs des Personnages, lesquels leur reprochent de trahir la vérité artistique en cherchant à donner de la vraisemblance à leur interprétation (création vs mimésis)
Les six Personnages sont : un Père, une Mère, une Belle-Fille ("Amélie" — seul nom formulé pour ces Six Personnages), un Fils, un Adolescent, une Petite Fille, et Madame Pace que ces Personnages font eux-mêmes sortir d'un dispositif de décor qui appelle "naturellement" ce personnage (les chapeaux et une banquette figurent tellement le magasin de Madame Pace qu'elle en apparaît, comme élément "naturel" de ce décor)
L'histoire des personnages : le Père pousse la Mère dans les bras d'un autre homme, duquel elle a une fille. Le Père se rapproche de cette fille pendant sa scolarité, l'attend à la sortie de l'école... la Mère et ses enfants quittent la ville, et le Père retrouve la Belle-Fille plus tard dans un magasin de mode dont la patronne, Madame Pace, fait travailler la Mère comme couturière, et la Belle-Fille, comme prostituée, sous prétexte de rattraper les fautes de sa Mère qui ne fournirait pas un travail de qualité suffisante.
Le noeud du drame est la relation forcée que le Père va obtenir de la Belle-Fille ; la réaction de haine de la mère envers la Belle-Fille ; puis, sur un autre plan, la mort (accidentelle ?) de la petite Fille sous les yeux du Fils impuissant qui découvre près du bassin où elle s'est noyée, l'Adolescent qui se tire une balle dans la tête.
Le Fils de son côté présente la figure d'un être refusant d'affronter la vérité, de prendre position, mais quand il veut s'enfuir de la scène, il est matériellement incapable de franchir l'espace du plateau, par un escalier ou par l'autre.
La Belle-Fille est le centre de tout le drame puisque c'est elle qui prend la parole et semble tirer les ficelles de ce monde imaginaire (elle prévient que le Fils ne parviendra pas à s'enfuir, le retient comme par magnétisme, etc.), c'est elle qui représente la création, ce sont ses rires sardoniques que l'on entend quand le théâtre s'est vidé de la troupe et des techniciens...

Théâtre pirandellien, Pirandellisme : mise en abyme théâtrale : "théâtre dans le théâtre" où une pièce s'enchâsse dans une pièce cadre. Fonction : reflet de l'œuvre principale ; révélateur d'une vérité indicible (MacBeth) 

Moments-clés de la pièce : 
- le Père renverse les positions de réalité et d'illusion à la face du directeur : ce que le directeur croit être la réalité tel jour, ne sera peut-être plus qu'une illusion plus tard, à l'épreuve du temps et de la vie, alors que les Personnages sont fixés dans la réalité artistique, figés par les limites de leur création par l'auteur.

- le directeur refuse que la Belle-Fille rejoue la scène de l'attouchement avec le Père dans la boutique parce que ce serait inconvenant, alors que pour elle, c'est son histoire, sa vérité, et que la pièce doit la reproduire, fidèlement à sa réalité, sans considération du jugement, jugement des spectateurs, de la critique, mais aussi de son Père (qui en nourrit un remords honteux), ou de sa mère (qui en a fait une cause de jalousie et de haine contre elle)

LA BELLE-FILLE : "A présent, nous sommes entre nous, encore ignorés du public. Demain vous donnerez de nous le spectacle que vous jugerez bon, en le composant à votre guise. Mais est-ce que vous voulez le voir, ce drame ? Le voir vraiment, tel qu'il a éclaté ?"

Particulièrement, sur le fait :

LE DIRECTEUR : Au fait ! Venons-en au fait, mes amis ! Tout ça, c'est du bavardage !
LE PERE : Soit, monsieur ! Mais un fait, c'est comme un sac : s'il est vide, il ne tient pas debout. Pour qu'il tienne debout, il faut d'abord y faire entrer la raison et les sentiments qui l'ont déterminé.

"On ne donne pas impunément vie à un personnage" ; "nés vivants, ils voulaient vivre"

La femme de Pirandello est internée en 1919 pour trouble psy ; elle accuse Pirandello d'inceste avec sa fille. (Ici, personne ne nie les actes : la Mère les dénonce, le Père et la Belle-Fille ne les nie pas.)